• OPINION : INDUSTRIE TOURISTIQUE

    LA RELANCE DOIT SE FAIRE AVEC LES SALARIÉ-ES ; PAS À LEUR DÉTRIMENT

    Tous les secteurs de l’économie ont été touchés par la pandémie de la COVID-19, mais rares sont ceux qui ont été affectés aussi dramatiquement que l’industrie touristique et hôtelière.

    La fermeture des frontières et les restrictions au voyage imposées par la presque totalité des pays du monde ont mis le secteur touristique sur pause depuis maintenant près de trois mois, engendrant des dizaines de milliers de pertes d’emplois.

    Alors que l’heure est au déconfinement et que l’espoir de voir la pandémie s’estomper renaît, tous les acteurs du milieu ont le devoir de travailler ensemble pour assurer une relance de l’industrie touristique qui soit rapide, durable, équitable et sécuritaire, tant pour la clientèle que pour les travailleuses et les travailleurs.

    En ce sens, la FC–CSN, qui représente 8 000 travailleuses et travailleurs dans l’industrie touristique, propose trois grands axes d’intervention.

    Protéger les emplois et soutenir les travailleuses et les travailleurs

    Bien que nous saluions la décision du gouvernement fédéral d’étendre la prestation canadienne d’urgence (PCU) aux travailleurs saisonniers, il doit absolument prolonger le programme au-delà de la date prévue pour éviter que les travailleuses et les travailleurs du secteur qui n’auront pas droit à l’assurance-emploi à l’automne parce qu’ils n’auront pas pu travailler de l’été ne se retrouvent sans aucun revenu.

    Il doit aussi prolonger la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) et la rendre plus flexible pour l’adapter à l’évolution du secteur. L’achalandage touristique étant tombé au point mort, les employeurs de l’industrie ont peu sollicité l’offre de travail et ont donc très peu utilisé ce programme.

    Parallèlement, les employeurs doivent maintenir les conditions de travail dans le secteur touristique, lequel était déjà aux prises avec une problématique d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre avant la crise. Si leurs conditions de travail, souvent déjà peu attrayantes, devaient se détériorer une fois la crise terminée, les salarié-es auraient peu d’incitatifs à réintégrer ce secteur.

    De plus, des programmes de formation professionnelle devraient également être mis en place afin de soutenir les employé-es mis à pied dans leurs démarches d’acquisition de nouvelles compétences.

    Stimuler la demande intérieure

    Les mesures de restriction liées aux voyages et le ralentissement économique engendré par la pandémie obscurcissent considérablement les perspectives du tourisme international à court et à moyen terme. La relance du secteur au cours des prochains mois doit donc passer par une hausse du tourisme local.

    Les gouvernements fédéral et provincial doivent travailler avec les acteurs du milieu afin de développer une campagne de promotion du tourisme intérieur semblable à l’initiative du Panier Bleu. Une telle campagne pourrait aussi être accompagnée d’incitatifs financiers stimulant la demande, par exemple, un crédit d’impôt pour sommes dépensées dans des entreprises touristiques locales.

    Une campagne et des mesures incitatives similaires doivent aussi être adoptées afin de stimuler le tourisme d’affaires local qui est incontournable pour la relance de l’industrie, particulièrement dans la région du Grand Montréal.

    Saisir cette occasion pour se renouveler

    La baisse de fréquentation des établissements touristiques, bien qu’elle soit fort malheureuse, peut être une période propice aux travaux de rénovation et d’amélioration des installations, pourvu que les entreprises aient accès au capital nécessaire pour investir dans de tels projets. C’est pourquoi nous suggérons de mettre en place un programme d’incitatifs financiers pour aider les entreprises du secteur à rendre leurs établissements plus écologiques et plus sécuritaires.

    Bien entendu, toute aide provenant des deniers publics doit s’accompagner de mécanismes de reddition de compte et de transparence. Les entreprises devront donc devenir plus transparentes au sujet de l’état de leurs finances ; un aspect qui fait souvent défaut dans l’industrie.

    L’heure est à la coopération

    Un groupe de travail formé de représentants gouvernementaux, d’entrepreneurs, de groupes de consommateurs et de représentants syndicaux doit être mis sur pied pour discuter de ces mesures et d’autres qui pourraient être instaurées afin d’aider les entreprises touristiques à se sortir du marasme actuel – par exemple, un accès gratuit à des services professionnels pour accompagner les entreprises dans l’utilisation des différents programmes d’aide publique, des congés de taxes foncières ou autres allègements fiscaux.

    Enfin, un tel comité ne pourra remplir sa mission que si tous les intervenants démontrent clairement leur intention de coopérer. Toute tentative de profiter de la crise pour renégocier à la baisse les salaires et les conditions de travail des salarié-es de l’industrie serait contre-productive et plomberait le processus de relance dès le départ.

    Michel Valiquette

    Trésorier et responsable du secteur touristique à la Fédération du commerce (FC–CSN)